Dossier maritime n°9

Avec l’appui de professionnels, d’universitaires et de chercheurs, le CCSTI/Maison de la Mer a développé une rubrique éditoriale qui témoigne de l’actualité du secteur des pêches maritimes. Les dossiers maritimes, publiés plusieurs fois dans l’année, sont illustrés et accompagnés de témoignages.

Pêche à pied

Dans le Morbihan, cette activité est pratiquée par des pêcheurs amateurs et professionnels, ces derniers étant aussi appelés « bassiers ». Dans la mesure où l'accès à la mer est libre, aucune mesure ne peut entraver le droit d'accès aux lieux soumis à la marée. Cette pêche est cependant encadrée par une réglementation portant en particulier sur les tailles marchandes, une mesure dont la logique est halieutique : permettre aux différentes espèces de grandir jusqu'à leur maturité sexuelle et leur donner le temps de se reproduire. Les professionnels sont soumis à un régime d'ouvertures saisonnières liées à la biologie des espèces, qu'on appelle aussi des campagnes.


Sur l'estran, un métier traditionnel et non mécanisé

La pêche à pied est pratiquée sur l'estran, espace côtier, littoral qui est découvert à marée basse, pour récolter des coquillages et capturer des crustacés. Les moyens utilisés excluent les procédés mécaniques. Le travail ne s'effectue qu'à la main ou avec des outils légers (fourche, râteau, burin,...).
Dans le Morbihan, cette activité est pratiquée par des pêcheurs amateurs et professionnels, ces derniers étant aussi appelés « bassiers ». Dans la mesure où l'accès à la mer est libre, aucune mesure ne peut entraver le droit d'accès aux lieux soumis à la marée. Cette pêche est cependant encadrée par une réglementation portant en particulier sur les tailles marchandes, une mesure dont la logique est halieutique : permettre aux différentes espèces de grandir jusqu'à leur maturité sexuelle et leur donner le temps de se reproduire. Les professionnels sont soumis à un régime d'ouvertures saisonnières liées à la biologie des espèces, qu'on appelle aussi des campagnes.


Les outils du pêcheur à pied - Conservatoire du Littoral

Professionnels : un statut social dès 2001

A partir de la fin des années 80, la situation des professionnels a évolué progressivement vers un encadrement administratif pour aboutir en 2001 à la création d'un statut professionnel. A l'époque, les élevages de palourde japonaise ont été développés dans le Morbihan, puis ont été décimés par la maladie de l'anneau brun. Une fois la maladie passée, les éleveurs n'ont pas pu relancer la production. La souche japonaise s'est répandue dans la nature au point de supplanter la palourde indigène. Au début des années 90, un banc très important s'est alors formé dans le golfe du Morbihan, ce qui a offert du travail à environ 300 pêcheurs. Inorganisée au départ, cette exploitation ne pouvait rester en-dehors de tout cadre légal.

Pêche à pied - carte ARS

Amateurs : une pression croissante sur l'estran

La cohabitation entre professionnels et amateurs ne suscite pas d'affrontement ouvert. L'engouement général du public pour le bord de mer ne pose pas de problème dans ce sens. Par contre, l'augmentation du nombre de retraités se traduit généralement par une pression croissante des amateurs sur l'estran, en termes de volumes récoltés.
Si pour les amateurs, la liberté d'accès est la règle, certains secteurs de coquillages ne leur sont pas accessibles pendant les périodes de fermeture aux professionnels. De même, le ramassage des coquillages est interdit à moins de 15 mètres des zones conchylicoles. Il leur est interdit de vendre leur pêche.
Les quantités restent généralement libres, avec cependant des contingentements journaliers pour l'oursin, l'ormeau, la telline, la coquille saint-Jacques et, en baie de Quiberon, pour l'huître plate. De nouveaux textes entrent prochainement en vigueur pour généraliser les limitations en poids ou en nombre de pièces. Ces dispositions ne permettront pas de maîtriser l'effort de pêche des amateurs dans la mesure où leur nombre n'est pas encadré.
Ainsi, la pêche à pied évolue dans un système double. Il repose sur une contradiction qui, dans les conditions générales actuelles, ne peut pas être dépassée, avec deux facteurs principaux : le cadre juridique et la gestion qui s'imposent aux professionnels, la liberté de l'accès de tous au domaine public maritime.

Carte issue du Premier comptage simultané national des pêcheurs à pied récréatifs


Classement sanitaire : gare aux coliformes !

Amateurs et professionnels doivent s'informer du classement sanitaire des zones qu'ils fréquentent. Les analyses reposent sur un comptage des coliformes fécaux, avec quatre niveaux de qualité : A (moins de 230 coliformes pour 100 g de chair et de liquide intervalvaire), consommation autorisée ; B, moins de 4 600 coliformes, nécessité de purification ou de reparcage ; C, moins de 46 000 coliformes, purification interdite, reparcage autorisé seulement en longue durée : D, plus de 46 000 coliformes, interdiction totale de pêche et de consommation.
La purification et le reparcage ne concernent que les professionnels. La purification consiste à passer les coquillages dans des bassins oxygénés, le temps de retrouver le niveau de qualité A. Le reparcage consiste, pour les professionnels, à semer leur récolte sur l'estran, sur des concessions appelées parcs situés en zone de meilleure qualité, le temps nécessaire.
L'administration diffuse ce classement par voie de presse tandis que les mairies affichent les informations sur le terrain. Quand les coquillages ne sont pas classés en A, le public est ainsi alerté de l'interdiction d'en prélever sur une zone donnée et a-fortiori de les consommer.
Carte de classement sanitaire 2010 - Carte ODEM

Professionnels : deux régimes sociaux

Les pêcheurs professionnels opèrent dans un régime qui est proche de celui des marins embarqués et des ostréiculteurs. Ce sont des artisans qui relèvent de deux organismes sociaux. Ils peuvent choisir le statut agricole (Mutualité Sociale Agricole) et son régime du forfait ou le statut maritime (Établissement National des Invalides de la Marine). Dans ce dernier cas, le pêcheur doit être titulaire d'un titre de navigation et détenir a-minima le Certificat d'Initiation Nautique. Il doit aussi être inscrit sur un rôle de pêche, c'est à dire être administrativement déclaré comme navigant sur un bateau.

En 2013, un permis national et une formation spécialisée

L'année 2013 est marquée par une réforme essentielle avec l'instauration d'un permis national de pêche à pied destiné aux professionnels et qui doit être renouvelé tous les ans. Pour l'obtenir, il faudra suivre une formation qui sera également imposée à ceux qui sont entrés dans la profession à partir de 2011. L'intitulé officiel de cette formation est : « Capacité professionnelle : pêche maritime à pied à titre professionnel ».
La première session est organisée en Bretagne de la mi-mars à la mi-juin 2013 aux lycées maritimes d'Étel et de Paimpol. Le cursus de 210 heures se réparti en 120 heures de cours et 90 heures d'immersion professionnelle. La pédagogie est un référentiel national établi par le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, qui comprend cinq modules : gestion technico-économique (30 h), organisation de la pêche (25 h), mise en marché (25 h), aspects scientifiques (20 h) et réglementation et enjeux environnementaux (20 h). Dans un second temps, les autres régions organiseront leurs propres sessions.

Droit au travail : des licences et des timbres

Il ne suffit pas de détenir un permis national pour avoir le droit de travailler. Le pêcheur doit acquitter des licences régionales spécifiques à chaque espèce. Pour une seule espèce, il devra verser annuellement 65 euros, soit 20 pour le Comité national des pêches, 25 pour le Comité régional et 20 pour le Comité départemental. Celui qui veut opérer dans plusieurs régions devra acquitter autant de licences.
Le pêcheur devra ensuite payer un timbre annuel par gisement fréquenté. Le gisement est un secteur exploitable pour une espèce donnée, dont la délimitation est fixée par le comité départemental des pêches. Dans le cas du Morbihan, le timbre vaut au minimum 100 euros et jusqu'à 550 euros dans le cas de la palourde. Dans ce département, on dénombre 220 licences et 800 timbres répartis sur cinq gisements principaux.
Ces moyens administratifs permettent de financer l'organisation professionnelle et d'encadrer l'effort de pêche. La tendance est à la restriction, l'état des ressources ne permettant plus de satisfaire toutes les demandes. Pour certaines espèces, le nombre de licences est gelé, se réduisant au fil des sorties du métier. C'est le cas pour le pouce-pied, 32 licences sur l'est du département et 10 sur l'ouest, les deux zones devant prochainement être fusionnées en un seul gisement. Pour la palourde dans l'est du Morbihan, le nombre est passé en quelques années de 300 à 150. Dans d'autres cas, le contingent est simplement bloqué, à 100 pour la Petite Mer de Gâvres ou 30 pour la ria d'Étel.

 

Les espèces : fouisseurs et filtreurs

Les pêcheurs professionnels se concentrent sur les coquillages fouisseurs, c'est-à-dire ceux qui vivent en permanence dans le sédiment. Les principales espèces sont la palourde et la coque. La palourde est présente un peu partout. Le principal gisement se trouve dans l'est du golfe du Morbihan, auquel s'ajoutent des gisements plus réduits à Gâvres, Étel et Pénestin. Dans ce département, les coques sont présentes à Étel, Gâvres, Carnac. Ailleurs, elle est aussi abondamment pêchée à La Baule, en baie de Somme et dans certaines baies du nord de la Bretagne. Autre coquillage fouisseur : la telline, qui pêchée à Étel et à Penthièvre (près de Quiberon). Il faut aussi signaler le couteau (ou solen), espèce peu abondante qui est vendue seulement les marchés locaux.
Les coquillages non-fouisseurs sont principalement les huîtres creuses pêchées dans l'estuaire du Blavet et dans l'est du département, à Damgan et Pénerf. Les moules sont capturées en petites quantités, en général en grappes sur le sédiment, du côté de Gâvres et dans l'estuaire de la Vilaine.
Deux gastéropodes sont pêchés en petites quantités un peu partout, les bigorneaux et les patelles (aussi appelées berniques ou chapeaux-chinois). Crustacés fixés aux rochers, les pouce-pieds (ou anatifes) sont pêchés en petites quantités à Quiberon et dans des îles comme Groix, Hœdic ou Belle-Ile.

Les espèces de la pêche à pied - Conservatoire du Littoral

Vente : en direct et bientôt à la criée

Compte tenu de la qualité moyenne des eaux côtières du Morbihan, les coquillages ne peuvent être vendus directement. Les pêcheurs doivent donc passer par des acheteurs, mareyeurs ou ostréiculteurs, qui disposent de bassins de purification. Une fois atteint le niveau sanitaire requis, leur parcours commercial peut continuer.
Dans le golfe du Morbihan, les acheteurs, jusqu'à quatre, réalisent les transactions sur place et chargent leurs achats sur des pontons. Pour les coques, les pêcheurs peuvent compter en moyenne sur trois acheteurs.
Certains pêcheurs essaient de dynamiser leurs méthodes de vente. Il s'agit de soigner la qualité dans le travail et dans le choix des produits, de développer des relations de confiance avec les acheteurs, de s'adapter à plusieurs types de clientèles. Cette démarche peut aller jusqu'à pêcher des échantillons pour les montrer aux clients. Avec un bon sens de l'organisation, un pêcheur peut ainsi partir au travail sur la base de commandes déjà passées.
Courant 2013, la commercialisation pourrait s'élargir avec la possibilité d'un passage aux enchères publiques, à la criée de Quiberon. Ce port dispose de bassins de purification qui permettront, en 48 heures, d'atteindre les normes requises à la vente. Jusque là écartés de la vente des pêcheurs, les poissonniers morbihannais pourraient bénéficier d’un accès direct à ces produits. Ce type d'organisation, s'il se conforte, pourrait favoriser une élévation des prix, en raison du raccourcissement du parcours commercial. Au départ, l'expérience portera sur de petites quantités.

Une profession en difficulté

Pour des raisons liées à des causes naturelles (le climat ou la biologie des espèces) et/ou humaines (sur-pêche des amateurs ou des professionnels), les rendements de la pêche professionnelle se réduisent au fil des ans. Lors de la saison passée, dans le Morbihan, la production n’atteignait plus que 35 tonnes de coques, 63 tonnes d'anatifes, 6 tonnes de moules, 2 tonnes de tellines tandis que la palourde atteignait 317 tonnes (dont 307 dans le golfe du Morbihan). Cette dernière espèce se situait à environ 1 500 tonnes au début des années 2000 et a régulièrement décliné depuis.
Dans ce contexte, le nombre de professionnels tend à décliner. « Nous comptions 220 pêcheurs actifs dans le Morbihan à la saison 2012-2013 et 11 vont s'arrêter pour la saison 2013-2014 », explique Guillaume Le Priellec, en charge de la gestion des licences au comité départemental des pêches. « Chaque année, nous perdons une dizaine d'actifs. Depuis deux ans, nous sommes rentrés dans des années difficiles. Jusqu'à présent, la profession a été sauvée par des productions comme l'huître creuse ou la coque de La Baule ». Ces diversifications ne suffiront pas à assurer l'avenir.


Marché et ressource : la concurrence européenne

En aval, les transactions deviennent difficiles et les prix moyens stagnent ou reculent. La palourde se vend 3 euros (contre 6 à 7 euros il y a une décennie) et la coque de 2 à 3 euros. Ces produits intéressaient traditionnellement les pays du sud de l'Europe qui, aujourd'hui, sont tous en crise. Certains grossistes, qui vendaient 80 % de leurs palourdes en Espagne ont dû se replier sur le marché français. Le marché espagnol est encore demandeur, mais dans des volumes amoindris.
Anciens clients de la France, les Italiens ont créé leurs propres pêches à partir d'élevages de palourdes. Les Portugais ont découvert un très gros banc de palourdes qui permet d’en exporter en France à prix très bas. Les Irlandais sont aussi exportateurs. Ainsi, le commerce européen contraint la production nationale à s'aligner sur ce marché.

 

Témoignages

Gardes-jurés : la réglementation en action

Dans le Morbihan, la pêche à pied est surveillée par deux gardes-jurés, Jean Courseaux (à gauche sur la photo) et François Le Bihan. Salariés du Comité départemental des pêches, ce sont des personnels assermentés dont la fonction est de vérifier sur place le respect des réglementations par les pêcheurs professionnels et les amateurs. Ils jouent un rôle de conseil et peuvent délivrer des avertissements ou rédiger des procès-verbaux. Leurs constatations sont portées à la direction départementale des Territoires et de la Mer (anciennement Affaires Maritimes) et, s'il le faut, aux tribunaux d'instance. Ils peuvent surveiller à bord d'embarcations légères et ont recours à des jumelles à vision nocturne pour surveiller certaines pêches particulières et traquer le braconnage.
Leur emploi du temps est irrégulier, avec des pics lors de campagnes comme celle de la palourde et des interventions souvent nocturnes. Ils travaillent donc dans un régime d'horaires annualisé.
Les gardes sont aussi aux avant-postes pour observer la cohabitation entre professionnels et amateurs. Ainsi, le 31 août 2012, ils ont dénombré sur la Petite Mer de Gâvres 7 000 pêcheurs amateurs cohabitant avec 3 professionnels ! Il existe ainsi des lieux de tension, mais, sur le reste du département, la situation est plus sereine.

Évaluation des stocks : des campagnes de prospection

Comme toutes les ressources marines, les coquillages côtiers font l'objet de prospections qui visent à constater l'état des stocks et à établir un taux de prélèvement équilibré. La démarche ne vaut que pour les professionnels.
Dans le Morbihan, le Comité départemental des pêches emploie Céline d'Hardivillé, chargée de mission, pour réaliser ces prospections. Elle conduit des campagnes auxquelles sont conviées un représentant de l'Ifremer et au moins un pêcheur. « Nous utilisons une barge ostréicole et une benne qui nous permet de prélever 25 cm de sédiments sur des portions d'un quart de mètre carré. Toutes les palourdes sont pesées et mesurées, puis passent trois tamis successifs, avec des maillages qui se réduisent. Le dernier est à la taille marchande de 35 mm ».
L'analyse permet d'estimer les tonnages qui sont à la taille marchande ou au-delà. « Par exemple, si nous établissons un tonnage de 600 tonnes, le quota annuel attribué aux pêcheurs sera de 300 tonnes. Comme l'on sait comment ils travaillent, nous pouvons fixer un calendrier de pêche et un nombre de jours. Les pêcheurs remplissent des fiches de pêche et les remettent au comité départemental. Ces informations nous apporteront une vision plus précise de l'état du stock et nous permettront ensuite d'ajuster l'effort de pêche en cours de campagne ».
Pour les coques, la prospection s'effectue à pied sur des points définis par l'Ifremer à Étel et à Gâvres. On gratte le sédiment au râteau sur des portions d'un quart de mètre carré. Les coques sont pesées et mesurées. « L'imprécision est plus grande que pour la palourde. Ici aussi, le quota est fixé à la moitié du stock estimé à la taille commerciale de 27 mm ».
Les autres espèces ne bénéficient pas d'un tel suivi. Le comité se contente alors d'une synthèse des fiches de pêches. Si les rendements apparaissent faibles, il reste toujours possible de moduler le déroulement des campagnes, par exemple en limitant le nombre de jours de pêche.
Les prospections effectuées au printemps de 2013 montrent de très fortes mortalités des principaux coquillages en Petite Mer de Gâvres et dans l'estuaire de la Vilaine, ce qui aura un impact négatif sur le niveau d'emploi des pêcheurs.

Installation : l'exemple d'un couple morbihannais

Alors que le métier décourage des pêcheurs chevronnés, il continue à attirer des candidats. Tel les Kerbart, couple morbihannais qui a décidé de se lancer en duo dans une activité dirigée principalement sur la coque. Martial Kerbart, 47 ans, a franchi le pas il y a un peu plus de deux ans après avoir perdu son emploi au sein d’une entreprise de mareyage. Armelle Kerbart, 32 ans, l'a rejoint un an plus tard, renonçant à un emploi dans le tertiaire. « Nous habitons près de la mer, nous aimons la côte et nous avions envie de travailler ensemble ». Lui, par son ancien métier, connaissait les produits marins. « Pour entrer dans la profession, nous avons dû réaliser un véritable parcours du combattant et obtenir auprès du comité départemental le permis de pêche, les licences et les timbres par espèce et par gisement ». Entrée plus récemment dans le métier, Armelle devra suivre une formation pour obtenir le permis de pêche à pied.
Le couple a aussi dû choisir son statut professionnel. « Comme nous n’avons pas de bateau, nous avons choisi le régime agricole. C'est un statut compliqué pour nous car nous sommes considérés comme entrepreneurs individuels et comme dirigeants non salariés ».
Malgré le climat de crise, les Kerbart ne regrettent pas leur choix. « Ce métier nous apporte la liberté, le contact avec la nature. Nous nous organisons comme nous l'entendons, ce qui nous impose aussi d'être très réactif au plan commercial ».

Golfe du Morbihan : le travail de la palourde

D'origine rémoise, François Le Long, 43 ans, a pratiqué plusieurs métiers avant de choisir la pêche à pied en 1998. Les conditions socio-économiques actuelles le contraignent à exercer à temps partiel un autre métier dans des activités de service.
« Compte tenu du coût des licences et des timbres en regard des rendements sur certaines espèces, je m'en tiens à la seule palourde que je travaille toute l'année : de janvier à mai en rivière d'Auray, de mai à septembre dans le golfe du Morbihan et d'octobre à décembre en rivière de Noyalo ». François Le Long a choisi le régime maritime de l'ENIM, qui en fait donc un marin.
Sur les zones vaseuses, comme à Auray, le travail s'effectue à pied, les palourdes sont ramassées à la main. « La nature du sédiment impose le port de sabots plats en aluminium. On ne peut pas porter de gants épais car ce sont les doigts qui sentent le produit. Et comme nous travaillons penchés, c'est une pêche très physique, comme un sport de haut niveau ». Le pêcheur traine, attachée dans son dos, une planche sur laquelle reposent des paniers.
Dans le golfe, la pêche s'effectue en plongée, dans des amplitudes de 4 heures : 2 heures avant la marée basse et 2 heures après. « Nous portons des combinaisons avec des lests de 20 kg et un tuba dont la longueur maximale est de 110 cm. Nous travaillons collés au fond, totalement sous l'eau. C'est agréable car nous n'avons plus de poids, mais c'est épuisant car l'eau nous prend toute notre énergie ». Après la pêche, les palourdes sont triées sur une grille, les individus trop petits étant semés sur les lieux de pêche. François Le Long souhaite que la profession lance des programmes scientifiques pour étudier le stock et favoriser le repeuplement. Il existe de fait deux projets allant dans ce sens : pêcher dans la Vilaine des petites palourdes pour les semer dans l'est du Morbihan, procéder à du sablage pour offrir un meilleur support au captage (fixation des larves sur des grains de sable).

Les huîtres sauvages : la nature au secours des ostréiculteurs

Les pertes que subissent depuis quatre ans les ostréiculteurs du fait des mortalités ont stimulé la pêche des huîtres creuses sauvages. Les tonnages ont commencé à augmenter en 2010 avec 130 tonnes. La production a culminé à un millier de tonnes l'an dernier et se situerait actuellement à un potentiel d'un demi-millier de tonnes. Cette espèce est travaillée par des pêcheurs à pied professionnels. Des ostréiculteurs ont aussi obtenu des droits pour compenser les pertes subies sur leurs parcs. Ainsi, des ostréiculteurs semblent concurrencer des pêcheurs à pied. Mais, consentis de manière dérogatoire et ponctuellement, les droits des ostréiculteurs ne sont pas absolus.
Ces huîtres fixées sur les rochers ou roulant au sol peuvent apporter un complément d'activité aux pêcheurs professionnels. Cependant, les gisements ne sont pas infinis et toutes les huîtres sauvages ne se prêtent pas à une commercialisation. Les huîtres qui sont informes, acceptables pour la consommation familiale, ne conviennent pas à l'ostréiculture, seul débouché de cette pêche. La reproduction naturelle devient de plus en plus aléatoire comme le montre la faible proportion de jeunes huîtres sur les rochers. Cette huître creuse est la souche japonaise Ostrea gigas présente en Bretagne depuis la fin des années 70. Arrivée par les élevages, elle a trouvé des conditions naturelles favorables à sa reproduction et à son développement, jusqu'à devenir indigène.

Tailles règlementaires

Pêche de loisir :

  • Oursin : 5,5 cm (hors piquants).
  • Coque : 3 cm
  • Huître creuse : 5 cm
  • Huître plate : 6 cm.
  • Toutes huîtres interdites du 1er mai au 31 août.
  • Moule : 4 cm.
  • Ormeau : 9 cm.
  • Couteau : 10 cm.
  • Palourde : 4 cm.
  • Paire : 4,3 cm.
  • Telline : 2,5 cm.

 

Pêche professionnelle : Deux différences pour les tailles : 2,7 cm pour la coque (3 cm à La Baule et en baie de Somme) et 3,5 cm pour la palourde japonaise (4 cm pour la palourde européenne).

Textes et photos de Jacques Le Meur pour le CCSTI/Maison de la Mer (Mai 2013).